Conseils pour appels à textes
Ou comment ne pas passer pour un boulet par une éditrice fatiguée.
Comme je l’ai dit précédemment, j’adore les appels à textes, les imaginer, les publier, y répondre… je trouve ce format de discussion incroyable !
J’aime passionnément les bribes que je devine dans les quelques mots de présentations, les audaces annoncées.
Cependant, ces lectures ne sont pas toujours une joie, alors je me suis dit que j’allais m’autoriser quelques conseils, que j’adresse surtout à celles et ceux qui ont un peu peur de m’écrire, un peu peur de cliquer sur le lien pour me confier leur idée. Voici comment nous comprendre et comment lancer la discussion.
Un sujet
Avant tout, une proposition d’article est un sujet, une idée. Vous voulez parler de quelque chose : il est bon de commencer par là : que voulez-vous dire ? Quel ouvrage voulez-vous commenter ? Quelle question souhaitez-vous explorer ?
L’idéal est de pouvoir le synthétiser en une phrase ou deux :
je souhaite écrire une critique de tel ouvrage, qui est un [telle forme littéraire]. J’aimerais utiliser le texte pour explorer comment [insérer ici le cœur de votre critique].
Je commence : je souhaite critiquer Space Opera de Catherynne M. Valente, pour explorer comment l’art peut être le moteur de la compréhension et de la communication avec l’Autre.
Après, il vous suffit de quelques phrases m’expliquant en quoi cette question est traitée dans l’œuvre :
par la rencontre intergalactique et l’établissement d’un Eurovision de la sentience, l’autrice confronte les limitations sensorielles à l’immensité de la créativité et des connexions que l’Art vivant peut créer. En jouant sur les codes du space opera et de l’absurde, elle nous projette auprès de loosers magnifiques qui emportent l’humanité dans ses premières confrontations charnelles à l’autre absolu venu d’autres planètes.
Et si vous êtes déjà bien avancés dans la réflexion, une annonce de plan est bienvenue, scolaire, mais pratique pour se figurer où va le texte.
Votre texte à venir
Le but de ces propositions est de fournir suffisamment d’informations pour que la personne qui vous lit soit capable de deviner ce que sera le texte à venir. C’est très important pour savoir si ce dernier ira dans l’enchainement d’articles prévus, s’il sera cohérent avec le numéro en construction, et où le placer dans le plan d’ensemble. Bien sûr, le texte final aura évolué, et sera loin de ce premier paragraphe, mais ce dernier aura servi de matrice pour la lecture future du texte.
Ces propositions sont d’excellents outils pour établir et renforcer votre collaboration avec une revue ou un·e éditeur·rice : nous avons peu de temps, nous sommes fatigué·e·s, nous avons lu trop de mots, trop de propositions, trop d’ouvrages, trop de fiches d’annonces des prochains ouvrages, trop de lettres… mais vos propositions sont l’arme ultime de l’enthousiasme ! Montrez-moi que je peux vous faire confiance et que vous savez où vous allez, ne commencez pas par me dire que vous n’avez pas lu l’ouvrage et ne comptez de toute façon pas le finir ; si vous ne l’avez pas lu : bluffez.
Ce sont dans ces quelques mots de contact que je dois deviner, sans vous faire perdre trop de temps – précieux pour les rédacteur·rice·s comme pour les éditeur·ice·s – si le texte à venir saura enrichir ma publication. Ne croyez jamais être trop connu·e pour faire ce travail, la personne qui vous lit ne vous connait peut-être pas, ou sera d’autant plus motivée par votre effort pour participer si elle aime déjà votre travail. Et si vous tenez à exiger une carte blanche sur votre seul nom, soyez prêt à être déçu·e, non par haine personnelle, mais parce que le risque serait énorme.
Je ne saurais trop vous conseiller de vous renseigner un peu sur la revue à laquelle vous vous adressez, et si possible sur les goûts qui y sont affichés. Par exemple, proposer un roman exclusivement publié en russe à une revue entièrement francophone pourrait poser problème. Mais aussi, veillez aux demandes des appels à textes : cela vous fera gagner du temps et des chances de sélection. Si l’appel dit « publié dans les 6 derniers mois », Boccace et Napoléon sont hors-jeux. Il sera temps d’y revenir une fois un rapport de travail établi et une meilleure compréhension des marges de négociation possibles obtenue.
Dans mon cas, je lis beaucoup de propositions, qui nourrissent une sorte de rage-o-mètre par leurs incongruités. Je veux être surprise par des ouvrages que je n’ai pas vus, je veux des perspectives auxquelles je n’ai pas pensé. Je veux découvrir des voix.
En un mot : intriguez-moi !
(et soyez poli·e·s ! Un bon premier contact est toujours plus prometteur qu’une engueulade. On ne se fait pas des relations de travail en insultant tout le monde, surtout dans un milieu aussi compétitif ! Alors on dit bonjour, on se présente, et on ne renvoie pas son courriel 13 fois en 30 minutes)