The Honey Witch, équilibre et homestead
Critique de The Honey Witch, de Sydney J. Shields

Dans ce roman de cosyfantasy, le système de magie est particulièrement intéressant : proche de l’herboristerie, mais focalisé sur l’équilibre de l’environnement et sa bonne santé. Nous suivons une jeune femme qui hérite de la charge de sorcière de sa grand-mère sur une île reculée où elle va devoir construire (reconstruire) son existence.
Un roman de l’homesteading
Dans ce roman, tous les éléments que je discute habituellement pour la cosyness sont présents : nous suivons l’intrigue à hauteur de protagoniste, son arc se concentre sur l’établissement de son foyer – premier lieu de vie indépendant après avoir quitté la maison de ses parents. Notre apprentie sorcière arrive sur l’île reculée, est accueillie avec un degré varié de plaisir, dans la communauté qui l’habite et s’installe dans le cottage de sa grand-mère. Elle doit remettre en état les lieux inhabités depuis la mort de cette dernière, et est aidée en cela par les villageois·es qu’elle aide peu à peu avec ses talents d’herboriste. Cette pratique magique au cœur du genre présente ici une focalisation sur le miel et les ruches – comme indiqué dans le titre. Cet angle pousse à discuter la viabilité des pollinisateurs dans l’environnement de cette île, et plus largement, de ce monde. Pour assurer cette production de miel magique, elle va entretenir le terrain et sa petite ferme pour que ses abeilles puissent se nourrir d’une variété de plantes, et pour avoir les ressources pour ses potions et onguents, qu’elle ne peut facilement faire venir du continent.
Quand la magie devient environnementale
Nous savons comme les pollinisateurs sont en danger aujourd’hui et intimement liés à la bonne santé de l’environnement dans lequel ils évoluent. Il en va de même ici. Il est question d’une forme de malédiction, que je ne détaillerai pas pour en laisser la découverte. La réflexion ici est tournée vers l’équilibre, bien que la sorcière soit la clé de ce milieu, elle est en charge principalement de maintenir un équilibre entre le sauvage et le cultivé, d’entretenir les espaces de bruyères et de forets où les humains ne vont pas, pour s’assurer que les sources sont pures, que les plantes prospèrent et que tous les habitants fluffy des bois ont droit à leur vie aussi heureuse que possible. Il y a une vraie douceur dans cette approche du labeur agricole qui va avec l’herboristerie : pour une fois, il est question de forager et de le faire de façon responsable. Les différents personnages viennent l’aiguiller dans cette pratique particulière et dans les besoins plus particuliers des lieux, chacun étant différent. Cela ouvre dans le roman des approches sur les pratiques contemporaines de culture en harmonie, des discussions sur la conservation et l’équilibre qui peut en découler… ou les erreurs de conservateurs amateurs pleins de bonnes intentions.
Faire à sa hauteur
Comme souvent dans le genre, elle commence seule ou presque cette mission. Elle doit apprendre les particularités des lieux mais également s’adapter à ce mode de vie plus rural et plus physique que ce dont elle avait l’habitude. Ce changement est important dans le discours, montrant également une sensibilité aux travaux de recherche actuels questionnant la simplification des productions agricoles à petite échelle, permettant de les rendre accessibles à un plus grand nombre. Cette inclusion m’a fait particulièrement plaisir.
Notre héroïne n’a que sa force et ses connaissances, quelques outils, mais aucune grosse machine, elle doit donc agir intelligemment dans les limites de ses possibles pour accomplir ses tâches, tant au jardin qu’en ville que pour sa maison. L’épuisement physique vient avec une certaine joie, rejoignant intimement les propos sur le labeur que nous avons pu développer pour les cosygames : l’énergie s’puise mais l’accomplissement du protagoniste est valorisé et son travail l’accompli. Nous sommes ici dans cette perspective, le doute sur les compétences disparaissant peu à peu avec l’apparition des résultats, avec les premiers succès et le plus grand confort quotidien qui vient avec les rénovation du cottage.
Si l’intrigue ne laisse pas notre héroïne se reposer sur ses lauriers et s’installer dans ce confort, j’aimer voir dans cette dépiction un aperçu de ce que peut être le quotidien d’une homestaed comme la mienne : le temps offre des résultats, on progresse et le confort fini par s’installer, la charge mentale devient habituelle et s’allège, l’household tourne. Bien que la deuxième moitié du roman soit de plus en plus immergé dans la lutte contre la malédiction, la douceur de ces taches et du cottage permet aux personnages de traverser les épreuves, parce qu’iels peuvent méditer en désherbant les aromatiques, parce qu’iels sont un lieu de vie – un foyer au sens fort – auquel revenir.