Cosyfantasy et sauvetage félin
Critique de Agnes Aubert’s Mystical Cat Shelter, de Heather Fawcett

Agnes Aubert’s Mystical Cat Shelter raconte l’histoire d’une jeune veuve montréalaise qui consacre ses journées au sauvetage des chats errants de la ville. Lorsque nous la rejoignons, au seuil d’un hiver déjà lourd de menaces, elle tente de reconstruire son refuge après sa destruction quasi-complète lors d’une bataille entre mages, un affrontement spectaculaire dont les humains ordinaires paient le prix alors que les responsables restent impunis. Portée par une colère sourde envers ces pouvoirs qui ravagent le quotidien sans assumer leurs conséquences, elle s’engage malgré elle dans une série d’événements qui la mèneront à comprendre les codes, les habitudes et les fragilités de cette société magique dissimulée aux yeux du commun. Le roman accompagne ainsi la réinstallation progressive du refuge, l’apprivoisement d’un deuil encore vif, et la découverte, à pas feutrés, d’un réseau d’alliances et de secrets.
Ce nouvel opus marque une inflexion notable par rapport à la série précédente de l’autrice, qui mettait en scène les tribulations académiques d’une héroïne prise dans les querelles du milieu universitaire. Ici, la fantasy adopte une tonalité plus urbaine, plus intime aussi : Montréal devient un lieu dangereux, couvert de neige où les engelures menacent, évoquant un passé proche — peut-être les premières décennies du XXᵉ siècle — sans jamais en fixer les contours de manière rigide. Cette temporalité flottante contribue au charme de l’ensemble : elle enveloppe le récit d’une chaleur discrète, propre à la cosyfantasy, tout en lui conférant une dimension légèrement nostalgique.
Agnes Aubert’s Mystical Cat Shelter propose une déclinaison singulière de la cosyfantasy contemporaine. Là où le genre mise souvent sur la douceur comme moteur narratif, Agnes Aubert ose un point de départ marqué par la perte et la colère, inscrivant l’élan réparateur de l’intrigue dans un contexte social où la magie est vécue comme une force perturbatrice, voire oppressive. Le roman interroge ainsi la responsabilité des mages (des puissants) et la manière dont leurs affrontements déteignent sur un monde qui ne bénéficie pas de leurs pouvoirs ou pas directement ; cette tension donne au récit une profondeur politique inattendue, tout en restant parfaitement accessible à un lectorat en quête de douceur hivernale. Le cosy reste cependant au premier plan, entre feu de cheminée et pâtisserie dégustée sous un plaid couvert de chats. Cette quête du cosy comme sentiment d’appartenance et de sécurité fait du roman un bon représentant du genre.
Le choix d’articuler l’intrigue autour d’un refuge pour chats s’avère particulièrement efficace. D’abord, parce qu’il inscrit l’héroïne dans une éthique du soin, qui devient le véritable cœur du roman : reconstruire un lieu de vie, protéger les plus vulnérables, et par ricochet, réapprendre à prendre soin de soi. Ensuite, parce que les chats, omniprésents, mais jamais réduits à un simple gimmick, introduisent une dimension légèrement mystérieuse : ils participent à la cohésion du monde magique autant qu’ils révèlent les lignes de faille entre ses différents acteurs.
Si le roman ne révolutionne pas le genre, il en offre une variation chaleureuse et attachante, où l’urbanité enneigée de Montréal sert d’écrin à une réflexion douce-amère sur la reconstruction personnelle. Agnes Aubert’s Mystical Cat Shelter s’impose ainsi comme un cosyfantasy bien dosé, mêlant charme, mystère et une méditation subtile sur le deuil, le foyer et la possibilité — ténue, mais persistante — d’un monde plus apaisé.