{"id":1,"date":"2025-09-28T22:59:33","date_gmt":"2025-09-28T20:59:33","guid":{"rendered":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/?p=1"},"modified":"2025-11-03T01:49:42","modified_gmt":"2025-11-03T00:49:42","slug":"portrait-dune-lassitude-ordinaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/index.php\/2025\/09\/28\/portrait-dune-lassitude-ordinaire\/","title":{"rendered":"Portrait d&#8217;une lassitude ordinaire"},"content":{"rendered":"<div class=\"et_pb_section_0 et_pb_section et_section_regular et_block_section\">\n<div class=\"et_pb_row_0 et_pb_row et_block_row\">\n<div class=\"et_pb_column_0 et_pb_column et_pb_column_4_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough\">\n<div class=\"et_pb_text_0 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><h3>Portrait d'une lassitude ordinaire<\/h3>\n<h4>Critique de <em>Celle qui fugue<\/em>, de C\u00e9cile Tlili<\/h4>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"et_pb_row_1 et_pb_row et_flex_row\">\n<div class=\"et_pb_column_1 et_pb_column et_flex_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough et_flex_column_8_24 et_flex_column_8_24_tablet et_flex_column_24_24_phone et_flex_column_24_24_phoneWide et_flex_column_8_24_tabletWide et_flex_column_8_24_widescreen et_flex_column_8_24_ultraWide\">\n<div class=\"et_pb_image_0 et_pb_image et_pb_module et_block_module\"><span class=\"et_pb_image_wrap\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/9782702192825-001-X.jpeg\" title=\"9782702192825-001-X\" width=\"1400\" height=\"2230\" srcset=\"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/9782702192825-001-X.jpeg 1400w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/9782702192825-001-X-1280x2039.jpeg 1280w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/9782702192825-001-X-980x1561.jpeg 980w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/9782702192825-001-X-480x765.jpeg 480w\" sizes=\"(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) and (max-width: 1280px) 1280px, (min-width: 1281px) 1400px, 100vw\" class=\"wp-image-107\" \/><\/span><\/div>\n\n<div class=\"et_pb_text_1 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><div class=\"elementor-element elementor-element-0b0b1d7 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0b0b1d7\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong><span class=\"livre-meta-label\">\u00c9diteur<\/span><\/strong><br \/>\nCalmann-L\u00e9vy<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>Date de parution<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">20 ao\u00fbt 2025<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>157 pages<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">&nbsp;<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>Date de la critique<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">31 octobre 2025<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"et_pb_column_2 et_pb_column et-last-child et_flex_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough et_flex_column_16_24 et_flex_column_16_24_tablet et_flex_column_24_24_phone et_flex_column_24_24_phoneWide et_flex_column_16_24_tabletWide et_flex_column_16_24_widescreen et_flex_column_16_24_ultraWide\">\n<div class=\"et_pb_text_2 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><p style=\"font-weight: 400;\"><em>Celle qui fugue<\/em>, \u00e0 para\u00eetre chez Calmann Levy en ao\u00fbt 2025, s\u2019inscrit dans une veine bien connue de la litt\u00e9rature contemporaine : celle du r\u00e9cit de soi \u00e0 la premi\u00e8re personne, port\u00e9 par une femme en crise, souvent quadrag\u00e9naire, souvent fra\u00eechement s\u00e9par\u00e9e, souvent lasse d\u2019une vie qu\u2019elle ne reconna\u00eet plus. La narratrice de C\u00e9cile Tlili ne fait pas exception. Infirmi\u00e8re dans une clinique parisienne, elle quitte son mari, abandonne leur appartement bourgeois et s\u2019offre une br\u00e8ve \u00e9chapp\u00e9e en Corse (\u00e0 peine quelques jours malgr\u00e9 la promesse du r\u00e9sum\u00e9). De ce voyage, on ne retient pas grand-chose, si ce n\u2019est le besoin mal d\u00e9fini de prendre la fuite, sans urgence ni cons\u00e9quence. De retour \u00e0 Paris, elle emm\u00e9nage dans un deux-pi\u00e8ces modeste, mais pas insalubre, et tente de se r\u00e9inventer\u2026 sans trop savoir comment.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le r\u00e9cit bascule lorsqu\u2019elle fait la connaissance de sa jeune voisine, Le\u00efla, immigrante plus ou moins l\u00e9galis\u00e9e, prise dans un r\u00e9seau de contr\u00f4le et de violences familiales. La narratrice s\u2019entiche d\u2019elle, tente de la prot\u00e9ger, s\u2019installe chez elle (dans un appartement semblable au sien, s\u2019imposant maladroitement dans la vie de Leila), prend soin d\u2019elle avec une ferveur qui vire vite au transfert. Mais \u00e0 mesure que Le\u00efla devient le centre de son attention, sa propre fille est rel\u00e9gu\u00e9e au second plan, sans que cela soit vraiment probl\u00e9matis\u00e9. Ce d\u00e9s\u00e9quilibre troublant est \u00e0 l\u2019image de l\u2019ensemble du roman\u202f: l\u2019autofiction semble absorber tout autour d\u2019elle, sans jamais vraiment interroger les m\u00e9canismes qu\u2019elle reproduit.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Derri\u00e8re les \u00e9lans altruistes du personnage principal, <em>Celle qui fugue<\/em> r\u00e9active une dynamique bien connue du r\u00e9cit postcolonial inconscient : celle du sauvetage. La figure de la jeune immigr\u00e9e en d\u00e9tresse semble l\u00e0 pour faire grandir la protagoniste, pour l\u2019amener \u00e0 \u00e9prouver des \u00e9motions fortes, \u00e0 sortir d\u2019elle-m\u00eame, \u00e0 \u00e9prouver une forme d\u2019engagement\u2026 sans jamais questionner cette relation dans sa complexit\u00e9 ou ses ambigu\u00eft\u00e9s raciales et sociales. Le d\u00e9part abrupt de Le\u00efla, vers la fin du roman, ne cl\u00f4t rien\u202f: il souligne simplement qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait jamais vraiment au centre du r\u00e9cit, qu\u2019elle n\u2019en \u00e9tait qu\u2019un d\u00e9clencheur. C\u2019est une fuite sans \u00e9paisseur, un effacement plus qu\u2019un point final.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La lecture laisse un go\u00fbt \u00e9trange. Il est difficile de savoir \u00e0 qui ce roman s\u2019adresse, ou ce qu\u2019il souhaite exprimer. La crise existentielle de cette femme, bien qu\u2019elle soit d\u00e9crite avec sensibilit\u00e9, n\u2019a rien d\u2019in\u00e9dit. Elle ne perd pas tout, elle n\u2019est pas confront\u00e9e \u00e0 de r\u00e9elles ruptures sociales ou \u00e9conomiques\u202f; elle est simplement fatigu\u00e9e, lasse, flottante. Ce qui pourrait \u00eatre un portrait nuanc\u00e9 d\u2019une fatigue contemporaine devient ici un \u00e9ni\u00e8me r\u00e9cit interchangeable, semblable \u00e0 tant d\u2019autres align\u00e9s sur les tables des librairies \u00e0 chaque rentr\u00e9e litt\u00e9raire. Divorce, d\u00e9m\u00e9nagement, introspection, d\u00e9placement vers la marge, retour \u00e0 soi : les \u00e9tapes sont l\u00e0, sans surprise. \u00c0 cela s\u2019ajoute une \u00e9criture tr\u00e8s classique, descriptive sans \u00eatre incarn\u00e9e, sans asp\u00e9rit\u00e9s ni tension formelle. Le style, en restant dans une prudence de bon go\u00fbt, manque l\u2019occasion d\u2019offrir une r\u00e9elle \u00e9paisseur aux personnages. On aurait pu esp\u00e9rer une voix plus singuli\u00e8re, une prise de risque dans la narration ou dans la langue, quelque chose qui fasse vaciller le cadre convenu du roman de soi\u202f; mais rien ne vient d\u00e9ranger le confort du dispositif, et ce conformisme litt\u00e9raire ach\u00e8ve de rendre l\u2019ensemble aussi lisse qu\u2019oubliable.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il y a dans <em>Celle qui fugue<\/em> une volont\u00e9 manifeste de traiter de th\u00e8mes graves, mais cette gravit\u00e9 semble souvent plaqu\u00e9e sur une trame d\u00e9j\u00e0 connue, d\u00e9j\u00e0 lue, d\u00e9j\u00e0 \u00e9puis\u00e9e. Le roman se veut subtil, mais il manque d\u2019audace\u202f; il se veut bouleversant, mais il \u00e9vite l\u2019inconfort. En fin de compte, il donne l\u2019impression d\u2019un r\u00e9cit dispensable, non par manque de qualit\u00e9 stylistique, mais par exc\u00e8s de familiarit\u00e9. Une \u0153uvre qui, \u00e0 force de ressembler \u00e0 tant d\u2019autres, finit par s\u2019effacer dans le bruit de fond du roman de soi contemporain.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celle qui fugue, \u00e0 para\u00eetre chez Calmann Levy en ao\u00fbt 2025, s\u2019inscrit dans une veine bien connue de la litt\u00e9rature contemporaine : celle du r\u00e9cit de soi \u00e0 la premi\u00e8re personne, port\u00e9 par une femme en crise, souvent quadrag\u00e9naire, souvent fra\u00eechement s\u00e9par\u00e9e, souvent lasse d\u2019une vie qu\u2019elle ne reconna\u00eet plus. La narratrice de C\u00e9cile Tlili ne fait pas exception. 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