{"id":735,"date":"2025-12-22T09:00:00","date_gmt":"2025-12-22T08:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/?p=735"},"modified":"2025-12-04T15:58:23","modified_gmt":"2025-12-04T14:58:23","slug":"pour-lamour-des-appels-a-textes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/index.php\/2025\/12\/22\/pour-lamour-des-appels-a-textes\/","title":{"rendered":"Pour l\u2019amour des appels \u00e0 textes"},"content":{"rendered":"<div class=\"et_pb_section_0 et_pb_section et_section_regular et_block_section\">\n<div class=\"et_pb_row_0 et_pb_row et_block_row\">\n<div class=\"et_pb_column_0 et_pb_column et_pb_column_4_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough\">\n<div class=\"et_pb_text_0 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><h3>Pour l\u2019amour des appels \u00e0 textes<\/h3>\n<\/div><\/div>\n\n<div class=\"et_pb_text_1 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><p style=\"font-weight: 400;\">Je vais, pour ce billet, parler de mon travail d\u2019\u00e9ditrice. Et plus sp\u00e9cifiquement, celui d\u2019\u00e9ditrice de revue. Je souhaite ici livrer une r\u00e9flexion, encore peut-\u00eatre un peu brute, sur la pratique des appels \u00e0 textes, plus particuli\u00e8rement dans le cadre des revues critiques.<\/p>\n<p>&#160;<\/p>\n<h4><strong>Pour la diversit\u00e9 des voix<\/strong><\/h4>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les revues critiques fonctionnent g\u00e9n\u00e9ralement avec l\u2019un des deux syst\u00e8mes suivants\u00a0:<\/p>\n<ul style=\"font-weight: 400;\">\n<li>Une \u00e9quipe de critiques r\u00e9guliers, qui sont invit\u00e9s \u00e0 chaque num\u00e9ro \u00e0 livrer des textes, avec une sorte d\u2019assurance d\u2019acceptation de leurs contributions ou du moins une forme de priorit\u00e9.<\/li>\n<li>Des appels \u00e0 textes ouverts o\u00f9 toutes et tous peuvent participer, reposant sur la diffusion et la d\u00e9couvrabilit\u00e9 de la revue.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Si la premi\u00e8re option permet une certaine garantie de remplir les pages de chaque num\u00e9ro, mais \u00e9galement une s\u00e9curit\u00e9 pour le lectorat de retrouver des voix connues, tout en offrant aux auteur\u00b7rice\u00b7s un revenu r\u00e9gulier (m\u00eame minime), elle comporte aussi des limites s\u00e9rieuses. J\u2019ai toujours eu du mal \u00e0 imaginer comment un groupe fixe et limit\u00e9 \u2013 quinze, vingt, peut-\u00eatre cinquante personnes \u2013 pouvait pr\u00e9tendre \u00eatre sp\u00e9cialiste de tous les sujets possibles et accompagner ainsi tous les dossiers th\u00e9matiques r\u00eav\u00e9s par une revue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">J\u2019ai m\u00eame vu, au fil de mes exp\u00e9riences, combien cette illusion pouvait s\u2019av\u00e9rer dangereuse. Lorsque l\u2019\u00e9go pousse certain\u00b7e\u00b7s \u00e0 se croire comp\u00e9tent\u00b7e\u00b7s en tout, on en vient rapidement \u00e0 une homog\u00e9n\u00e9isation des discours. Les m\u00eames voix, les m\u00eames r\u00e9flexes critiques, les m\u00eames biais reviennent de num\u00e9ro en num\u00e9ro. \u00c0 force, les textes perdent en profondeur\u00a0: les critiques deviennent des survols rapides. La richesse des perspectives se r\u00e9duit \u00e0 une poign\u00e9e de regards qui tournent en rond. Dans plusieurs cas, cette fermeture a eu des cons\u00e9quences graves\u00a0: perte de cr\u00e9dibilit\u00e9 de la revue, rupture de confiance avec le lectorat, effritement des collaborations\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est pourquoi je crois profond\u00e9ment que la diversit\u00e9 des voix est une condition de survie pour une revue critique. Non pas une diversit\u00e9 de fa\u00e7ade, mais une v\u00e9ritable pluralit\u00e9 de points de vue, de g\u00e9n\u00e9rations, de parcours, d\u2019approches m\u00e9thodologiques. Chaque appel \u00e0 textes est une ouverture qui \u00e9vite l\u2019entre-soi et le ressassement.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 l\u2019inverse, les appels ouverts n\u2019offrent aucune s\u00e9curit\u00e9. Ils demandent \u00e9galement \u00e9norm\u00e9ment de travail pour \u00eatre diffus\u00e9s\u00a0: pour qu\u2019ils touchent les bonnes personnes, ils doivent \u00eatre relay\u00e9s dans de nombreuses directions. Ils exigent que l\u2019\u00e9quipe \u00e9ditoriale se mette elle-m\u00eame en mouvement, qu\u2019elle cherche, qu\u2019elle rencontre de nouvelles personnes, qu\u2019elle se confronte \u00e0 des \u00e9critures singuli\u00e8res. Mais ce surcro\u00eet d\u2019effort, cette complexit\u00e9 logistique, est aussi ce qui nourrit la vitalit\u00e9 d\u2019une revue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il existe bien s\u00fbr des voies interm\u00e9diaires\u00a0: appels diffus\u00e9s dans des communaut\u00e9s particuli\u00e8res, comme cela se fait en recherche\u2009; contacts directs sans appel public, permettant une pr\u00e9s\u00e9lection manuelle des contributeur\u00b7rice\u00b7s; ou encore des syst\u00e8mes o\u00f9 les critiques r\u00e9guliers proposent eux-m\u00eames les th\u00e8mes. Mais toutes ces m\u00e9thodes, aussi efficaces soient-elles, comportent le risque de r\u00e9duire le champ des possibles. \u00c0 mes yeux, rien ne remplace le geste de l\u2019appel public, ouvert, accessible.<\/p>\n<p>&#160;<\/p>\n<h4><strong>Dans ma pratique<\/strong><\/h4>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Au quotidien, je me repose beaucoup sur les appels \u00e0 textes\u00a0: j\u2019y r\u00e9ponds dans ma pratique d\u2019\u00e9criture ou de recherche, et j\u2019en publie dans mes projets \u00e9ditoriaux.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">J\u2019aime le temps de r\u00e9daction de ces appels, o\u00f9 le texte devient une capsule de pens\u00e9e, une ouverture sur une th\u00e9matique. L\u2019appel est une invitation lanc\u00e9e au collectif, une formulation de nos attentes et de nos imaginaires. Trouver l\u2019\u00e9quilibre entre un magma d\u2019id\u00e9es et des consignes concr\u00e8tes est un vrai d\u00e9fi\u00a0: le texte doit \u00eatre accueillant tout en fermant certaines portes, pr\u00e9cis sans \u00eatre limitant.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Chaque appel que j\u2019ai publi\u00e9 m\u2019a r\u00e9serv\u00e9 des surprises. On ne re\u00e7oit jamais exactement ce que l\u2019on attendait\u2009! Parfois, les propositions \u00e9largissent compl\u00e8tement la perspective\u2009; d\u2019autres fois, elles creusent des aspects insoup\u00e7onn\u00e9s. Ce sont aussi des surprises de rencontres\u00a0: certaines collaborations n\u00e9es d\u2019un simple appel d\u00e9passent largement le cadre du texte attendu et se poursuivent bien au-del\u00e0.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je garde aussi en m\u00e9moire des moments difficiles\u00a0: des appels trop confidentiels qui n\u2019ont pas touch\u00e9 leur public, des propositions hors sujet ou probl\u00e9matiques, des silences parfois lourds. Mais m\u00eame ces \u00ab\u2009\u00e9checs\u2009\u00bb ont valeur d\u2019apprentissage\u00a0: ils rappellent que la diversit\u00e9 se construit par essais et par ajustements, et qu\u2019elle n\u00e9cessite patience et pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Mon opinion, je pense, est transparente\u00a0: je suis en faveur des appels \u00e0 textes. J\u2019aime le renouvellement d\u2019\u00e9quipes et d\u2019\u00e9critures qu\u2019ils offrent, j\u2019aime les rencontres et le hasard qui les accompagnent. Je trouve fascinante la confrontation entre ma perception d\u2019un sujet \u2013 que je crois pertinent pour le monde litt\u00e9raire \u2013 et la r\u00e9alit\u00e9 des voix qui viennent l\u2019habiter.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 <i>Nuit Blanche<\/i>, une forme d\u2019hybridit\u00e9 s\u2019est install\u00e9e. Les num\u00e9ros th\u00e9matiques s\u2019ouvrent largement et cherchent \u00e0 rassembler les contributions les plus pertinentes pour chaque sujet. Parall\u00e8lement, les critiques web offrent un cadre r\u00e9gulier, presque un laboratoire de confiance avec des contributeur\u00b7rice\u00b7s qui deviennent peu \u00e0 peu des compagnons de route. L\u2019accompagnement \u00e9ditorial se construit par ces lectures r\u00e9guli\u00e8res, ces relances internes, compl\u00e9t\u00e9es par les voix nouvelles qui r\u00e9pondent \u00e0 l\u2019appel permanent.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette coexistence entre stabilit\u00e9 et ouverture me semble aujourd\u2019hui la voie la plus f\u00e9conde. Les appels \u00e0 textes ouverts garantissent la diversit\u00e9 des voix, emp\u00eachent l\u2019autosatisfaction et l\u2019illusion de l\u2019expertise universelle. Les collaborations r\u00e9guli\u00e8res assurent une m\u00e9moire, un suivi, une continuit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En somme, je crois que l\u2019avenir des revues critiques d\u00e9pend de cette tension f\u00e9conde\u00a0: entre s\u00e9curit\u00e9 et incertitude, entre fid\u00e9lit\u00e9 et renouvellement, entre voix connues et voix inattendues. Sans cette pluralit\u00e9, toute revue court le risque de s\u2019\u00e9puiser. Avec elle, elle devient un v\u00e9ritable lieu de rencontre, de pens\u00e9e et de cr\u00e9ation collective.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais, pour ce billet, parler de mon travail d\u2019\u00e9ditrice. Et plus sp\u00e9cifiquement, celui d\u2019\u00e9ditrice de revue. 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