{"id":903,"date":"2026-01-27T15:42:01","date_gmt":"2026-01-27T14:42:01","guid":{"rendered":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/?p=903"},"modified":"2026-01-26T15:54:46","modified_gmt":"2026-01-26T14:54:46","slug":"veiller-apres-la-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/index.php\/2026\/01\/27\/veiller-apres-la-fin\/","title":{"rendered":"Veiller apr\u00e8s la fin"},"content":{"rendered":"<div class=\"et_pb_section_0 et_pb_section et_section_regular et_block_section\">\n<div class=\"et_pb_row_0 et_pb_row et_block_row\">\n<div class=\"et_pb_column_0 et_pb_column et_pb_column_4_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough\">\n<div class=\"et_pb_text_0 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><h3>Veiller apr\u00e8s la fin<\/h3>\n<h4>Critique de <i>Lonely World, tome 1<\/i>, de Iwatobineko<\/h4>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"et_pb_row_1 et_pb_row et_flex_row\">\n<div class=\"et_pb_column_1 et_pb_column et_flex_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough et_flex_column_8_24 et_flex_column_8_24_tablet et_flex_column_24_24_phone et_flex_column_24_24_phoneWide et_flex_column_8_24_tabletWide et_flex_column_8_24_widescreen et_flex_column_8_24_ultraWide\">\n<div class=\"et_pb_image_0 et_pb_image et_pb_module et_block_module\"><span class=\"et_pb_image_wrap\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/9791032710012_large.webp\" title=\"9791032710012_large\" width=\"1300\" height=\"1800\" srcset=\"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/9791032710012_large.webp 1300w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/9791032710012_large-1280x1772.webp 1280w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/9791032710012_large-980x1357.webp 980w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/9791032710012_large-480x665.webp 480w\" sizes=\"(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) and (max-width: 1280px) 1280px, (min-width: 1281px) 1300px, 100vw\" class=\"wp-image-904\" \/><\/span><\/div>\n\n<div class=\"et_pb_text_1 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><div class=\"elementor-element elementor-element-0b0b1d7 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0b0b1d7\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong><span class=\"livre-meta-label\">\u00c9diteur<\/span><\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">Ki-oon<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>Date de parution<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">18 ao\u00fbt 2021<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>192 pages<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>Date de la critique<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">26 janvier 2026<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"et_pb_column_2 et_pb_column et-last-child et_flex_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough et_flex_column_16_24 et_flex_column_16_24_tablet et_flex_column_24_24_phone et_flex_column_24_24_phoneWide et_flex_column_16_24_tabletWide et_flex_column_16_24_widescreen et_flex_column_16_24_ultraWide\">\n<div class=\"et_pb_text_2 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><p style=\"font-weight: 400;\">Avec <i>Lonely World<\/i>, Iwatobineko imagine un monde o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 a disparu, laissant derri\u00e8re elle une civilisation intacte dans ses infrastructures, mais vid\u00e9e de sa raison d\u2019\u00eatre. La ville fonctionne encore, les cha\u00eenes de production tournent, les robots poursuivent inlassablement leurs t\u00e2ches\u00a0: nettoyer, surveiller, produire, soigner. Tout est en place, sauf celles et ceux pour qui ce syst\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7u. Dans ce paysage post-humain surgit une anomalie majeure\u00a0: une petite fille, apparemment derni\u00e8re humaine vivante, prise en charge par un robot repensant sa programmation pour veiller sur elle et l\u2019accompagner. \u00c0 travers ce duo se dessine une soci\u00e9t\u00e9 de robots organis\u00e9e, structur\u00e9e par des r\u00e8gles et des hi\u00e9rarchies h\u00e9rit\u00e9es d\u2019un monde humain disparu, mais d\u00e9sormais autonomis\u00e9es. L\u2019intrigue s\u2019oriente progressivement vers la question de l\u2019origine de cette enfant et vers sa protection, alors m\u00eame que certaines organisations robotiques voient d\u2019un tr\u00e8s mauvais \u0153il toute possibilit\u00e9 de renaissance de l\u2019humanit\u00e9, per\u00e7ue comme une menace pour l\u2019\u00e9quilibre nouvellement \u00e9tabli.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le monde-ville que les personnages explorent fonctionne en boucle close, certains produisent, d\u2019autres jettent ou stockent les objets ainsi cr\u00e9\u00e9s. La civilisation ayant donn\u00e9 naissance \u00e0 cette ville \u00e9tait suffisamment avanc\u00e9e pour avoir tout automatis\u00e9, tout confi\u00e9 \u00e0 des intelligences artificielles, qui n\u2019ont finalement pas besoin de l\u2019humanit\u00e9 pour poursuivre leurs missions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le manga s\u2019inscrit dans un imaginaire post-apocalyptique doux, contemplatif, o\u00f9 la fin des humains n\u2019est pas synonyme d\u2019effondrement total, mais de persistance d\u00e9cal\u00e9e. Sans adopter frontalement les discours \u00e9cologiques du solarpunk, <i>Lonely World<\/i> en partage certaines intuitions, notamment dans sa mani\u00e8re de montrer, en creux, les impasses du productivisme. Les d\u00e9cors sont envahis par des piles d\u2019objets devenus inutiles, par des stocks sans destinataires, par des robots de service ou de soin dont la fonction s\u2019est \u00e9teinte en m\u00eame temps que la soci\u00e9t\u00e9 qui les justifiait. La p\u00e9remption n\u2019est pas seulement mat\u00e9rielle\u00a0: elle est aussi cognitive. Certains robots se d\u00e9gradent, perdent leurs capacit\u00e9s, \u00ab\u2009la t\u00eate\u2009\u00bb autant que leur utilit\u00e9, incarnant une forme de ruine lente et silencieuse. La ville, immense et sombre, appara\u00eet comme un espace satur\u00e9 de restes, o\u00f9 les recoins sont occup\u00e9s par des machines hors d\u2019usage et des artefacts sans avenir\u2026 \u00e0 moins de s\u2019en imaginer un nouveau. Certains robots crois\u00e9s trouvent une forme de po\u00e9sie, d\u2019accomplissement dans ces taches devenues inutiles\u2009; d\u2019autres d\u00e9placent leurs comp\u00e9tences pour inventer de nouvelles significations \u00e0 leurs gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pourtant, <i>Lonely World<\/i> ne se compla\u00eet pas dans une vision strictement m\u00e9lancolique. L\u2019espoir affleure, discret, mais tenace, dans les marges du syst\u00e8me. Il ne prend pas la forme d\u2019un retour \u00e0 l\u2019ordre ancien ni d\u2019une restauration de l\u2019humanit\u00e9 telle qu\u2019elle \u00e9tait, mais s\u2019ouvre vers des organisations sociales alternatives\u00a0: nouvelles hi\u00e9rarchies robotiques, solidarit\u00e9s impr\u00e9vues, ajustements progressifs d\u2019un monde qui, priv\u00e9 des humains, a continu\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer. La pr\u00e9sence de la petite fille agit comme un r\u00e9v\u00e9lateur, mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la rigidit\u00e9 des programmations et la capacit\u00e9 des robots \u00e0 sortir de leurs fonctions prescrites.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">C\u2019est sans doute l\u00e0 que r\u00e9side la force du manga\u00a0: dans la tension qu\u2019il installe entre automatisme et soin. Le lien entre l\u2019enfant et son robot protecteur interroge les limites de la programmation sans c\u00e9der \u00e0 un anthropomorphisme simpliste. Le <i>care<\/i> n\u2019y est jamais pr\u00e9sent\u00e9 comme une \u00e9motion humaine plaqu\u00e9e sur la machine, mais comme un ensemble de gestes, de priorit\u00e9s et de d\u00e9cisions qui, peu \u00e0 peu, d\u00e9bordent le cadre strict du code. En parall\u00e8le, la critique du monde d\u2019avant reste feutr\u00e9e, mais efficace\u00a0: la prolif\u00e9ration d\u2019objets inutiles et la survie de syst\u00e8mes con\u00e7us pour des usagers absents fonctionnent comme un miroir discret de nos propres soci\u00e9t\u00e9s, prises dans une logique de production sans horizon clair.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><i>Lonely World<\/i> propose ainsi une r\u00e9flexion subtile sur la survivance, la transmission et la possibilit\u00e9 de cohabiter autrement dans un monde post-humain. L\u2019espoir qui s\u2019en d\u00e9gage n\u2019est ni spectaculaire ni triomphant\u2009; il se niche dans les dysfonctionnements, dans les gestes de soin r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, dans la capacit\u00e9 des structures \u00e0 se transformer malgr\u00e9 leur origine profond\u00e9ment anthropocentr\u00e9e. Un premier tome fragile et ma\u00eetris\u00e9, qui fait de l\u2019imaginaire un espace de projection pour des futurs encore habitables, m\u00eame d\u00e9barrass\u00e9s de leurs anciens ma\u00eetres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Lonely World, Iwatobineko imagine un monde o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 a disparu, laissant derri\u00e8re elle une civilisation intacte dans ses infrastructures, mais vid\u00e9e de sa raison d\u2019\u00eatre. 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