{"id":914,"date":"2026-02-03T10:04:00","date_gmt":"2026-02-03T09:04:00","guid":{"rendered":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/?p=914"},"modified":"2026-01-26T16:18:56","modified_gmt":"2026-01-26T15:18:56","slug":"lenvers-du-progres-durable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/index.php\/2026\/02\/03\/lenvers-du-progres-durable\/","title":{"rendered":"L\u2019envers du progr\u00e8s durable"},"content":{"rendered":"<div class=\"et_pb_section_0 et_pb_section et_section_regular et_block_section\">\n<div class=\"et_pb_row_0 et_pb_row et_block_row\">\n<div class=\"et_pb_column_0 et_pb_column et_pb_column_4_4 et-last-child et_block_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough\">\n<div class=\"et_pb_text_0 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><h3>L\u2019envers du progr\u00e8s durable<\/h3>\n<h4>Critique de <i>Noor<\/i>, de Nnedi Okorafor<\/h4>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"et_pb_row_1 et_pb_row et_flex_row\">\n<div class=\"et_pb_column_1 et_pb_column et_flex_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough et_flex_column_8_24 et_flex_column_8_24_tablet et_flex_column_24_24_phone et_flex_column_24_24_phoneWide et_flex_column_8_24_tabletWide et_flex_column_8_24_widescreen et_flex_column_8_24_ultraWide\">\n<div class=\"et_pb_image_0 et_pb_image et_pb_module et_block_module\"><span class=\"et_pb_image_wrap\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/81niuePGl6L._AC_UF10001000_QL80_.jpg\" title=\"81niuePGl6L._AC_UF1000,1000_QL80_\" width=\"662\" height=\"1000\" srcset=\"https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/81niuePGl6L._AC_UF10001000_QL80_.jpg 662w, https:\/\/comfycademia.emmanuellelescouet.com\/wp-content\/uploads\/2026\/01\/81niuePGl6L._AC_UF10001000_QL80_-480x725.jpg 480w\" sizes=\"(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) 662px, 100vw\" class=\"wp-image-915\" \/><\/span><\/div>\n\n<div class=\"et_pb_text_1 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><div class=\"elementor-element elementor-element-0b0b1d7 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0b0b1d7\" data-element_type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong><span class=\"livre-meta-label\">\u00c9diteur<\/span><\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">DAW<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>Date de parution<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">16 novembre 2021<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>224 pages<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\"><strong>Date de la critique<\/strong><\/div>\n<div class=\"elementor-widget-container\">3 f\u00e9vrier 2026<\/div>\n<\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n\n<div class=\"et_pb_column_2 et_pb_column et-last-child et_flex_column et_pb_css_mix_blend_mode_passthrough et_flex_column_16_24 et_flex_column_16_24_tablet et_flex_column_24_24_phone et_flex_column_24_24_phoneWide et_flex_column_16_24_tabletWide et_flex_column_16_24_widescreen et_flex_column_16_24_ultraWide\">\n<div class=\"et_pb_text_2 et_pb_text et_pb_bg_layout_light et_pb_module et_block_module\"><div class=\"et_pb_text_inner\"><p class=\"p1\">Dans <i>Noor<\/i>, Nnedi Okorafor suit le parcours d\u2019Anwuli Okwudili (AO) une jeune femme dont le corps a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment transform\u00e9 par la technologie. N\u00e9e avec de lourdes malformations, elle a surv\u00e9cu gr\u00e2ce \u00e0 des augmentations robotiques impos\u00e9es d\u00e8s l\u2019enfance, avant qu\u2019un accident de voiture ne vienne encore \u00e9tendre cette hybridation forc\u00e9e. AO vit avec un corps augment\u00e9, visible, stigmatis\u00e9, dans un monde o\u00f9 la technologie est omnipr\u00e9sente, mais loin d\u2019\u00eatre \u00e9quitablement partag\u00e9e. Le r\u00e9cit s\u2019ouvre sur un \u00e9v\u00e9nement brutal : agress\u00e9e sur un march\u00e9 alors qu\u2019elle venait simplement chercher de quoi pr\u00e9parer le souper, elle tue accidentellement plusieurs hommes qui tentaient de la contraindre. Cet acte de survie marque un point de rupture. Traqu\u00e9e, menac\u00e9e, AO quitte la ville et s\u2019enfonce dans le d\u00e9sert, amor\u00e7ant un mouvement de fuite qui est aussi une lente exploration int\u00e9rieure.<\/p>\n<p class=\"p1\">Le d\u00e9sert devient alors un espace de transformation. AO s\u2019y offre presque litt\u00e9ralement, cherchant \u00e0 comprendre ce qu\u2019elle est devenue\u00a0: plus seulement une femme, plus seulement un assemblage de chair et de m\u00e9tal, mais une entit\u00e9 nouvelle, dot\u00e9e de capacit\u00e9s in\u00e9dites. Loin du regard normatif des villes, elle commence \u00e0 explorer ce que son corps peut faire, ce qu\u2019il peut sentir, ce qu\u2019il lui permet d\u2019\u00eatre. Sa rencontre avec un jeune homme lui aussi en fuite \u2014 apr\u00e8s une attaque violente dans un village voisin \u2014 \u00e9largit le r\u00e9cit. Il repr\u00e9sente la tradition et le d\u00e9sir d\u2019une vie simple qui s\u2019est compliqu\u00e9e par racisme et par haine orchestr\u00e9e par les autorit\u00e9s. Ensemble, ils traversent des territoires marginalis\u00e9s, accumulent les signes d\u2019une oppression syst\u00e9mique et se retrouvent peu \u00e0 peu aspir\u00e9s vers le c\u0153ur d\u2019un conflit plus vaste, jusqu\u2019\u00e0 nous offrir la vue d\u2019une ville au c\u0153ur de la temp\u00eate, litt\u00e9ralement dans l\u2019\u0153il d\u2019un cyclone permanent cr\u00e9\u00e9 par les turbines. Une ZAD d\u2019un nouveau genre fructifiant \u00e0 m\u00eame le sable et utilisant la technologie dans des d\u00e9tournements nouveaux, permettant un aper\u00e7u d\u2019une communaut\u00e9 de r\u00e9sistance entre sacrifice et g\u00e9nie. Leur fuite ne peut cependant aboutir sans une r\u00e9volution en gestation contre la m\u00e9gacorporation qui domine ce monde.<\/p>\n<p class=\"p1\">Cette entreprise est au centre de tout. En produisant la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019\u00e9nergie gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9seau d\u2019\u00e9oliennes, elle contr\u00f4le non seulement l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, mais aussi l\u2019ensemble des flux qui structurent le quotidien\u00a0: nourriture, \u00e9lectronique, infrastructures, communications. Pr\u00e9sent\u00e9e comme un moteur de progr\u00e8s, elle incarne pourtant un monopole total, \u00e0 la fois \u00e9conomique et politique. <i>Noor<\/i> met en lumi\u00e8re un paradoxe fondamental\u00a0: une \u00e9nergie verte, (plus) propre sur le plan environnemental peut parfaitement s\u2019accompagner d\u2019une concentration extr\u00eame du pouvoir et d\u2019une destruction m\u00e9thodique des libert\u00e9s. Le progr\u00e8s technologique, ici, n\u2019est jamais neutre\u2009; il est indissociable des structures qui le rendent possible et des violences qu\u2019elles imposent.<\/p>\n<p class=\"p1\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en cela que <i>Noor<\/i> s\u2019impose comme l\u2019un des exemples les plus frappants d\u2019une \u0153uvre solarpunk critique. L\u00e0 o\u00f9 le genre est parfois r\u00e9duit \u00e0 une utopie technophile, Okorafor en r\u00e9v\u00e8le les tensions internes. L\u2019\u00e9nergie renouvelable, les augmentations corporelles et les infrastructures avanc\u00e9es existent bien, mais leur d\u00e9ploiement repose sur des investissements colossaux, accessibles uniquement \u00e0 des organisations internationales capables d\u2019\u00e9craser toute r\u00e9sistance locale. Le soin apport\u00e9 \u00e0 la plan\u00e8te se paie par l\u2019exploitation des corps, des territoires et des populations. AO elle-m\u00eame est le produit de cette contradiction\u00a0: victime de la corporation, produite ensuite de ses soins, sauv\u00e9e par la technologie, mais jamais lib\u00e9r\u00e9e par elle.<\/p>\n<p class=\"p1\">La grande r\u00e9ussite de la novella tient \u00e0 la mani\u00e8re dont elle articule cette critique syst\u00e9mique \u00e0 une trajectoire intime. Le corps d\u2019AO devient un champ de bataille politique autant qu\u2019un lieu de r\u00e9appropriation. En apprenant \u00e0 habiter ce corps augment\u00e9, elle refuse les r\u00e9cits qui la r\u00e9duisent \u00e0 une anomalie ou \u00e0 un outil. Sa fuite n\u2019est pas un simple exil\u00a0: elle constitue un geste de d\u00e9sob\u00e9issance, une tentative de red\u00e9finir le vivant en dehors des cadres impos\u00e9s par la m\u00e9gacorporation. La r\u00e9volution finale n\u2019est alors pas seulement collective\u2009; elle prolonge un mouvement amorc\u00e9 dans la chair m\u00eame du personnage.<\/p>\n<p class=\"p1\">Avec <i>Noor<\/i>, Nnedi Okorafor propose une vision du solarpunk profond\u00e9ment ancr\u00e9e dans les r\u00e9alit\u00e9s du pouvoir, du capital et de la violence syst\u00e9mique. L\u2019espoir qui traverse le texte n\u2019est jamais confortable. Il ne r\u00e9side ni dans la technologie seule ni dans un retour \u00e0 une nature id\u00e9alis\u00e9e, mais dans la capacit\u00e9 \u00e0 imaginer des formes de r\u00e9sistance hybrides, situ\u00e9es, incarn\u00e9es. Une \u0153uvre courte, dense, qui rappelle que les futurs durables ne peuvent \u00eatre pens\u00e9s sans une attention radicale aux corps et aux libert\u00e9s qui les traversent.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans Noor, Nnedi Okorafor suit le parcours d\u2019Anwuli Okwudili (AO) une jeune femme dont le corps a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment transform\u00e9 par la technologie. N\u00e9e avec de lourdes malformations, elle a surv\u00e9cu gr\u00e2ce \u00e0 des augmentations robotiques impos\u00e9es d\u00e8s l\u2019enfance, avant qu\u2019un accident de voiture ne vienne encore \u00e9tendre cette hybridation forc\u00e9e. AO vit avec un corps augment\u00e9, visible, stigmatis\u00e9, dans un monde o\u00f9 la technologie est omnipr\u00e9sente, mais loin d\u2019\u00eatre \u00e9quitablement partag\u00e9e. 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